
Théorie et exemples cliniques
Le conte populaire oral peut être un outil thérapeutique pour les patients, mais aussi pour les soignants. Nous allons voir ensemble ce qui, dans le conte, permet de rêver, de jouer, de penser, en somme, qu’est-ce qui en fait un outil thérapeutique ?
Les recherches de l’auteur, centrées au départ sur le conte oral grec à partir de diverses archives ethnographiques allant de 1881 à 2002, jusqu’alors inconnues, ont nourri sa réflexion anthropologique et donné lieu à plusieurs publications en grec et en français.
Le séminaire, Conte et Psychanalyse dans le cadre de la Fédération des Ateliers de Psychanalyse depuis 2006, avec Sylvette Gendre-Dusuzeau, a ensuite évolué vers la prise en compte de ces matériaux comme source de réflexion psychanalytique, tant clinique que théorique.
Le conte oral, le plus souvent appelé conte populaire, est bien différent des récits merveilleux couchés par écrit par de grands littéraires célèbres tels que Charles Perrault ou Madame d’Aulnoy au XVIIè siècle. En effet, il se transmet de bouche à oreille depuis des temps immémoriaux. Il s’agit là d’un axiome qui nous renvoie aux origines de la parole, mais aussi de la langue, si l’on accepte que l’humain « se raconte » à partir du moment où il parle. Le conte oral se recrée sans cesse à travers les générations, les langues et les pays.
L’oralité, les récits, dans l’espace-temps d’une séance psychanalytique, sont mis en acte différemment. Selon l’invention freudienne inédite qui fait communiquer, par le moyen du transfert, deux corps parlant en présence, en quête des désirs inconscients des patients, l’oralité occupe une place essentielle, même si les mots ne suffisent jamais complètement.
D’une oralité à l’autre, à leurs confins, nos pensées de psychanalystes peuvent, au cours de certains évènements psychiques en séance, être traversées plus particulièrement par le conte dès lors qu’il imprègne la capacité de rêverie de notre écoute.
Le conte utilise un langage codé, il transmet un sens latent qui s’adresse par métaphores à chacun dans l’assistance. Ainsi, cette fiction collective parle, à ce qui ne trouve pas de mots, à l’indicible, à l’impensable. Elle donne une représentation aux peurs les plus enfouies. C’est par cette voie que le conte peut être utilisé dans des groupes thérapeutiques, comme un rêve commun, mettant au travail des fantasmatisations proposant des scènes psychiques là où les inscriptions ont fait défaut.
L’approche de la psyché spécifique à la psychanalyse s’est toujours enrichie de toute forme d’art. La rencontre avec le conte oral qui conserve les traces de la parole humaine depuis l’aube de la préhistoire, contribue à enrichir l’espace potentiel de l’accueil de soi et de l’autre dans l’écoute.
A. Angelopoulos présentera ensuite quelques aspects de sa recherche sur le conte, ainsi que des diverses interprétations, suivies d’exemples dont nous pourrons parler à la fin de la conférence.
Anna Angelopoulos

Psychanalyste et docteur en Anthropologie sociale (EHESS VI section), elle dirige depuis plusieurs années un grand dictionnaire encyclopédique sur le conte populaire, publié en 5 volumes en grec et, en abrégé, en anglais, dans la collection FFC (Folklore Fellows Communications) de l’Académie d’Helsinki.
Elle est auteur de plusieurs recueils en grec de contes de tradition orale annotés (Paramythokores ( : les jeunes filles du conte), Hestia, 1991, Allilovora ( : Cannibalisme, 1998) ainsi que de nombreux articles sur la littérature orale.
Elle a publié, traduit et annoté aux Editions José Corti les Contes judéo-espagnols des Balkans de Cynthia Crews (2009) et les Contes de la nuit grecque (2013), un corpus inédit de contes oraux provenant d’archives et de collectes privées.
En tant que psychanalyste, elle est membre de la Fédération des Ateliers de Psychanalyse depuis 2003 et dirige un séminaire, intitulé « Conte et Psychanalyse », en collaboration avec Sylvette Gendre-Dusuzeau.
En 2024, elle a publié chez Routledge, Greek Folktales and Psychoanalysis. A Dialogue, en collaboration avec Sylvette Gendre-Dusuzeau, traduction des textes de leur séminaire en anglais par Agnès Jacob.
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